Que cède-t-on exactement dans un cabinet dentaire ?
La cession d'un cabinet dentaire recouvre en réalité plusieurs éléments qu'il faut distinguer :
- la patientèle (ou clientèle) : c'est l'actif principal, la valeur immatérielle du cabinet ;
- le droit au bail ou les locaux, s'ils appartiennent au praticien ;
- le matériel et le mobilier : fauteuil, radiologie, informatique, stérilisation, agencements ;
- éventuellement, les parts de société si le cabinet est exploité en SELARL ou en SCP.
La structure juridique détermine la nature de l'opération : on cède soit un fonds libéral (patientèle + matériel), soit des parts sociales. Cette distinction a des conséquences fiscales majeures, sur lesquelles nous revenons plus bas.
Bon à savoir : on ne « vend » pas des patients, qui restent libres de leur choix. On cède la patientèle au sens d'un droit de présentation à la clientèle, assorti d'un engagement de présentation du cédant auprès de ses patients et d'une clause de non-concurrence.
Combien vaut un cabinet dentaire ? Les méthodes de valorisation
Il n'existe pas de prix officiel, mais des méthodes couramment admises. Deux grandes approches se combinent en pratique.
La méthode par le chiffre d'affaires
C'est la plus répandue. Le prix de cession d'un cabinet dentaire se situe en moyenne autour de 47 % du chiffre d'affaires des trois dernières années. Pour la seule patientèle, une approche fréquente consiste à retenir 20 % à 30 % de la moyenne du chiffre d'affaires réalisé sur les trois derniers exercices.
La méthode par la rentabilité
Plus fine, elle valorise le cabinet en fonction de sa capacité à générer du bénéfice (excédent brut d'exploitation ou bénéfice reconstitué), à laquelle on applique un multiple. Un cabinet très rentable et bien organisé se valorise mieux qu'un cabinet à fort chiffre d'affaires mais à faible marge.
| Méthode | Base | Fourchette indicative |
|---|---|---|
| % du chiffre d'affaires (global) | Moyenne CA 3 ans | ≈ 47 % |
| % du chiffre d'affaires (patientèle) | Moyenne CA 3 ans | 20 % – 30 % |
| Multiple de rentabilité | EBE / bénéfice | selon marge et organisation |
À noter : le prix réel dépend de facteurs qualitatifs — emplacement, état du matériel, ancienneté et fidélité de la patientèle, part de soins non conventionnés, présence d'assistantes formées, transmissibilité de l'activité. Deux cabinets au même chiffre d'affaires peuvent se vendre à des prix très différents.
La fiscalité de la plus-value de cession
Lorsque le prix de cession dépasse la valeur nette comptable des éléments cédés, le cédant réalise une plus-value professionnelle. Son régime dépend de la durée de détention.
Dans la très grande majorité des cas — un praticien qui exerce depuis plus de deux ans — la plus-value sur la patientèle relève des plus-values professionnelles à long terme. Elle est alors imposée à un taux global de 30 %, décomposé en :
- 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu ;
- 17,2 % de prélèvements sociaux (CSG-CRDS).
La part de plus-value à court terme (correspondant notamment aux amortissements déjà déduits sur le matériel) est, elle, réintégrée au bénéfice et imposée au barème progressif de l'impôt sur le revenu.
Bon à savoir : ces règles concernent la cession d'un cabinet exploité en nom propre (fonds libéral). En cas de cession de parts de SELARL ou de SCP, c'est le régime des plus-values sur titres qui s'applique, avec sa propre fiscalité. La structure d'exercice change tout : un audit préalable est indispensable.
Les exonérations de plus-value : le vrai levier d'optimisation
C'est ici que se joue une part considérable du gain net. Plusieurs dispositifs peuvent exonérer, totalement ou partiellement, la plus-value professionnelle.
Exonération selon les recettes (article 151 septies)
Si vos recettes annuelles sont inférieures à 90 000 € HT, la plus-value est totalement exonérée ; l'exonération est dégressive entre 90 000 € et 126 000 €. Ce dispositif vise surtout les petites structures.
Exonération selon la valeur du cabinet (article 238 quindecies)
Si la valeur des éléments cédés est inférieure à 500 000 €, la plus-value est totalement exonérée d'impôt (exonération partielle entre 500 000 € et 1 000 000 €). C'est souvent le dispositif le plus intéressant pour un cabinet dentaire de taille moyenne.
Exonération en cas de départ à la retraite (article 151 septies A)
Si la cession intervient à l'occasion de votre départ à la retraite (dans les 24 mois avant ou après), la plus-value à long terme peut être exonérée d'impôt sur le revenu, même si le cabinet dépasse les seuils précédents.
À noter : l'exonération « départ à la retraite » porte sur l'impôt sur le revenu, mais les prélèvements sociaux de 17,2 % restent en principe dus sur la plus-value. C'est une erreur fréquente de croire la cession totalement « défiscalisée » à la retraite.
Ces dispositifs ne se cumulent pas librement et obéissent à des conditions précises. Un chiffrage préalable, plusieurs mois avant la cession, permet d'aligner la date et la structure de l'opération sur le dispositif le plus favorable.
La fin de l'amortissement du fonds libéral en 2026
Un point d'actualité important pour les repreneurs. Une mesure temporaire permettait, pour les fonds acquis jusqu'au 31 décembre 2025, au repreneur d'amortir fiscalement le prix d'acquisition du fonds libéral (souvent sur une dizaine d'années) et donc de le déduire de son résultat.
Cet avantage prend fin pour les acquisitions réalisées à compter de 2026 : le repreneur ne pourra plus, en principe, déduire fiscalement l'amortissement du fonds acquis. Cette échéance a un impact direct sur la valeur nette de reprise et sur les négociations. Côté repreneur comme côté cédant, il faut en tenir compte dans le montage.
Les étapes et formalités de la cession
Céder un cabinet dentaire suit un processus encadré :
- Valoriser le cabinet, idéalement avec un expert-comptable et sur la base de comptes à jour.
- Trouver un repreneur et négocier le prix et les conditions (accompagnement, clause de non-concurrence, sort du personnel).
- Rédiger le contrat de cession (droit de présentation à la clientèle), le plus souvent en plusieurs exemplaires.
- Déclarer la cession au Conseil de l'Ordre des chirurgiens-dentistes, qui vérifie la déontologie de l'opération.
- Acquitter les droits d'enregistrement, à la charge du repreneur, calculés selon un barème progressif sur le prix de cession.
- Régulariser la situation sociale et fiscale du cédant (déclaration de cessation, plus-value, dernière déclaration de résultat).
Bon à savoir : le sort des contrats de travail de l'assistante dentaire et du personnel est encadré par le Code du travail. Les contrats en cours sont en principe transférés au repreneur : ce point doit être anticipé dans la négociation.
Les pièges à éviter
- Ceder sans préparation fiscale : ne pas vérifier, en amont, l'éligibilité aux exonérations peut coûter des dizaines de milliers d'euros.
- Mal choisir la date : décaler la cession de quelques mois pour la faire coïncider avec un départ à la retraite ou franchir un seuil peut tout changer.
- Confondre cession de fonds et cession de parts : la fiscalité n'est pas la même ; le bon montage dépend de votre structure.
- Sous-estimer l'accompagnement : une clause de présentation et une période de transition rassurent le repreneur et sécurisent le prix.
- Négliger la valorisation qualitative : un cabinet bien tenu, avec des comptes clairs et une patientèle fidèle, se vend mieux et plus vite.
Comment un expert-comptable sécurise votre cession
La cession d'un cabinet dentaire mêle valorisation, fiscalité, droit social et négociation. Un expert-comptable spécialisé dans les cabinets dentaires :
- valorise le cabinet avec des méthodes adaptées et des comptes fiables ;
- chiffre la plus-value et identifie le dispositif d'exonération le plus favorable ;
- optimise le calendrier de l'opération (retraite, seuils, structure) ;
- sécurise les formalités fiscales et sociales, de la déclaration de cessation au traitement du personnel ;
- accompagne aussi bien le cédant que le repreneur dans le montage financier.
Anticipée plusieurs mois à l'avance, une cession bien préparée peut faire une différence de gain net considérable.
En résumé
En 2026, un cabinet dentaire se valorise en moyenne autour de 47 % du chiffre d'affaires des trois dernières années, avec des méthodes complémentaires fondées sur la rentabilité. La plus-value de cession à long terme est en principe imposée à 30 % (12,8 % d'impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux), mais plusieurs exonérations — selon les recettes, la valeur du cabinet ou le départ à la retraite — peuvent en réduire fortement, voire annuler, la part fiscale. Attention toutefois : l'exonération « retraite » ne dispense pas des prélèvements sociaux, et l'amortissement du fonds libéral par le repreneur disparaît pour les acquisitions à compter de 2026. Autant de raisons de préparer sa cession très en amont, avec un expert-comptable.



