Un libéral a-t-il droit à des indemnités journalières ?
Oui, et c'est relativement récent. Depuis le 1er juillet 2021, les professionnels libéraux affiliés au régime obligatoire perçoivent des indemnités journalières (IJ) de l'Assurance Maladie (CPAM) en cas d'arrêt de travail pour maladie ou accident. Auparavant, beaucoup de libéraux n'avaient aucune indemnisation pendant les premiers mois.
Cette IJ « de base » est ensuite relayée par votre caisse de retraite (CARMF pour les médecins, CARPIMKO pour les auxiliaires médicaux, CIPAV pour d'autres professions) au-delà d'une certaine durée. L'ensemble forme votre protection obligatoire — utile, mais plafonnée.
Bon à savoir : ces indemnités supposent que vous soyez à jour de vos cotisations. Un professionnel en retard de cotisations peut voir ses droits suspendus au moment où il en a le plus besoin.
Le délai de carence de 3 jours
Comme pour les salariés, un délai de carence de 3 jours s'applique en cas de maladie : les indemnités journalières ne sont versées qu'à partir du 4e jour d'arrêt. Les trois premiers jours restent à votre charge.
Ce délai a une conséquence pratique : les arrêts courts (quelques jours) sont peu ou pas indemnisés. C'est un argument de plus pour disposer d'une trésorerie de réserve et, souvent, d'une prévoyance à franchise courte.
Le montant des indemnités journalières en 2026
En bref : en 2026, l'indemnité journalière de l'Assurance Maladie est proportionnelle à votre revenu d'activité moyen, dans la limite d'un plafond. Elle s'échelonne d'environ 26,33 € par jour au plancher à près de 197,50 € au plafond.
L'IJ de l'Assurance Maladie est calculée sur votre revenu d'activité moyen (sur les années de référence). En 2026, le montant journalier est encadré :
- il est proportionnel à votre revenu, dans la limite d'un plafond ;
- il s'échelonne, selon les revenus, d'un plancher d'environ 26,33 € à un plafond d'environ 197,50 € par jour.
Autrement dit, plus votre revenu déclaré est élevé (jusqu'au plafond), plus votre IJ est importante — d'où l'intérêt d'un revenu correctement déclaré au régime réel.
À noter : un revenu d'activité trop faible sur les années de référence réduit fortement, voire annule, l'indemnisation. Les premières années d'installation, où le bénéfice est modeste, sont donc les plus exposées.
La durée de versement et le relais par votre caisse
L'IJ de l'Assurance Maladie est versée pour une durée limitée — de l'ordre de 87 jours (les 90 premiers jours d'arrêt environ) pour une même incapacité. Au-delà, c'est votre caisse de retraite qui prend le relais, avec ses propres montants et conditions :
| Caisse | Profession | IJ 2026 (après relais) |
|---|---|---|
| CARMF | Médecins | ≈ 130 € / jour |
| CARPIMKO | Infirmiers, kinés, orthophonistes, orthoptistes, pédicures-podologues | ≈ 55,44 € / jour |
| CIPAV | Architectes, certains consultants et autres libéraux | Selon barème de la caisse |
Le relais par la caisse de retraite peut durer, selon les régimes, jusqu'à 3 ans (36 mois) pour une même affection de longue durée. Les montants et durées varient selon votre caisse : vérifiez toujours le barème applicable à votre profession.
Ce que le régime obligatoire ne couvre pas
En bref : le régime obligatoire laisse plusieurs trous — les 3 jours de carence non indemnisés, un plafond d'IJ éloigné du revenu réel pour les hauts revenus, une invalidité ou un décès faiblement couverts, et les charges fixes qui continuent pendant l'arrêt.
Même avec l'IJ CPAM et le relais de la caisse, il reste des trous :
- les 3 jours de carence non indemnisés ;
- un plafond d'IJ qui, pour un libéral à revenu élevé, laisse un écart important avec le revenu habituel ;
- une invalidité durable ou un décès, dont la couverture obligatoire est souvent modeste ;
- les charges fixes (loyer, crédits, cotisations) qui continuent pendant l'arrêt.
C'est exactement ce que vient combler la prévoyance complémentaire, détaillée dans notre guide prévoyance en profession libérale.
Les démarches en cas d'arrêt
- Faites établir votre arrêt de travail par votre médecin et transmettez-le dans les délais à l'Assurance Maladie.
- Cessez effectivement votre activité pendant la durée de l'arrêt (l'indemnisation suppose l'interruption).
- Vérifiez que vous êtes à jour de vos cotisations.
- Si l'arrêt se prolonge, préparez le relais par votre caisse de retraite (dossier, justificatifs).
- Activez votre prévoyance si vous en avez une, en tenant compte de sa franchise.
L'impact sur vos cotisations et votre comptabilité
Un arrêt prolongé fait baisser votre bénéfice de l'année, ce qui aura un effet différé sur vos cotisations (calculées sur le revenu). Par ailleurs, les indemnités journalières perçues ont un traitement fiscal spécifique selon leur nature et votre régime. C'est un point à cadrer avec votre expert-comptable pour éviter les erreurs de déclaration et bien anticiper la régularisation des cotisations.
Le rôle de votre expert-comptable
Face à un arrêt, l'enjeu est de maintenir le cap financier du cabinet. Un accompagnement spécialisé profession libérale vous aide à :
- anticiper l'impact de l'arrêt sur la trésorerie et les cotisations ;
- vérifier vos droits au régime obligatoire selon votre caisse ;
- traiter correctement les indemnités journalières en comptabilité ;
- dimensionner une prévoyance pour combler carence et plafonds ;
- organiser, si besoin, un remplacement pendant l'indisponibilité.
En résumé
Depuis 2021, un professionnel libéral perçoit des indemnités journalières de l'Assurance Maladie en cas d'arrêt, mais après un délai de carence de 3 jours et dans la limite d'un plafond (de l'ordre de 26 € à 197,50 € par jour en 2026 selon le revenu). Au-delà d'environ 90 jours, la caisse de retraite prend le relais (≈ 130 €/j pour la CARMF, ≈ 55,44 €/j pour la CARPIMKO en 2026), jusqu'à 3 ans selon les régimes. Entre la carence, les plafonds et les charges qui continuent, il subsiste un écart que seule une prévoyance complémentaire comble vraiment. Anticiper cette protection, et bien traiter les indemnités en comptabilité, se prépare avec votre expert-comptable.



