SPFPL : qu'est-ce que c'est exactement
La SPFPL — société de participation financière de professions libérales — est une holding réservée aux professions libérales réglementées. Sa vocation : détenir des participations (parts sociales ou actions) dans une ou plusieurs sociétés d'exercice libéral (SEL), sans exercer elle-même l'activité professionnelle.
Autrement dit, la SPFPL ne soigne pas, ne plaide pas, ne rédige pas d'actes : c'est une société mère qui possède les titres des sociétés qui, elles, exercent le métier. Elle a été créée par la loi pour permettre aux professionnels réglementés (santé, droit, chiffre) de se constituer un groupe et de structurer leur patrimoine professionnel, à l'image des holdings du monde commercial.
Bon à savoir : la SPFPL est une holding « animatrice » ou « passive » selon son rôle, mais toujours spécifique aux professions réglementées. Une profession libérale ne peut pas utiliser une holding classique (SAS ou SARL de droit commun) pour détenir sa SEL : elle doit passer par une SPFPL, dont la composition du capital est encadrée par la réglementation de la profession.
À quoi sert une SPFPL : les usages concrets
On ne crée pas une SPFPL par principe, mais pour répondre à un objectif patrimonial ou stratégique précis. Les usages les plus fréquents :
- racheter les parts d'un associé ou d'un confrère (build-up, croissance externe, association progressive) en s'appuyant sur l'effet de levier ;
- faire remonter les dividendes de la SEL vers la holding en quasi-franchise d'impôt, pour les réinvestir sans frottement fiscal excessif ;
- détenir plusieurs SEL et organiser un groupe (plusieurs cabinets, plusieurs sites) ;
- préparer la transmission de l'activité (à un enfant, un associé) dans un cadre fiscalement optimisé, éventuellement avec un pacte Dutreil ;
- isoler et sécuriser la trésorerie et le patrimoine professionnel accumulé.
Le point commun de ces usages : la SPFPL est un outil de moyen-long terme, pertinent quand l'activité a atteint une certaine taille et dégage des bénéfices récurrents à réemployer.
Le cœur du montage : le régime mère-fille
L'intérêt fiscal majeur de la SPFPL tient au régime mère-fille. Lorsque la holding détient au moins 5 % du capital de sa SEL et conserve les titres pendant au moins deux ans, les dividendes que la SEL lui verse sont exonérés d'impôt sur les sociétés à hauteur de 95 %.
Concrètement, seule une quote-part de frais et charges de 5 % est réintégrée au résultat imposable de la SPFPL. À un taux d'IS de 25 %, l'imposition effective des dividendes remontés ressort donc à environ 1,25 % (5 % × 25 %).
| Étape | Sans holding (dividendes au professionnel) | Avec SPFPL (régime mère-fille) |
|---|---|---|
| Dividende versé | 100 000 € | 100 000 € |
| Fiscalité à la remontée | PFU 31,4 % (voir plus bas) | ~1,25 % d'IS effectif |
| Reste réinvestissable | ≈ 68 600 € | ≈ 98 750 € |
C'est ce différentiel qui rend la SPFPL si efficace pour réinvestir : au lieu de subir la flat tax en sortant les dividendes vers votre patrimoine personnel, vous les logez dans la holding quasi sans frottement, prêts à financer un rachat de parts, un investissement ou une nouvelle SEL.
Bon à savoir : le régime mère-fille n'annule pas l'impôt, il le diffère. Tant que l'argent reste dans la holding et y est réinvesti, la fiscalité est minime. Elle réapparaît le jour où vous sortez les fonds vers votre patrimoine personnel (dividende de la SPFPL vers vous). La SPFPL optimise le réinvestissement, pas la consommation immédiate.
L'effet de levier : racheter des parts avec l'argent de demain
Le second grand intérêt de la SPFPL est l'effet de levier. Le schéma classique du rachat :
- la SPFPL emprunte pour acquérir les titres d'une SEL (les vôtres, ceux d'un associé sortant, d'un confrère qui part en retraite) ;
- la SEL verse des dividendes à la SPFPL, remontés en quasi-franchise grâce au régime mère-fille ;
- la SPFPL utilise ces dividendes pour rembourser l'emprunt.
Résultat : le rachat est financé par les bénéfices futurs de l'activité, faiblement fiscalisés au passage, au lieu d'être payé avec votre revenu personnel déjà lourdement taxé. C'est le mécanisme qui permet à un jeune professionnel de racheter la patientèle ou les parts d'un confrère sans y consacrer tout son revenu net, et à un praticien installé d'organiser sa sortie.
À noter : l'effet de levier suppose une SEL rentable et pérenne, capable de servir durablement les dividendes qui rembourseront l'emprunt. Sur une activité fragile ou en début de courbe, le montage peut devenir un poids plutôt qu'un levier. Le prévisionnel de remboursement est le nerf de la guerre.
Qui peut créer une SPFPL : les règles de détention
C'est là que la SPFPL se distingue radicalement d'une holding classique. Sa composition du capital est strictement encadrée : la majorité du capital et des droits de vote — au moins 50 % — doit être détenue par des professionnels en exercice au sein des SEL que la holding détient.
Cette règle protège l'indépendance de la profession : on ne veut pas qu'un cabinet médical, un office notarial ou une pharmacie soit contrôlé par des investisseurs extérieurs au métier. Le solde du capital peut, dans certaines limites propres à chaque profession, être ouvert à d'autres catégories d'associés (anciens professionnels, ayants droit, professionnels d'une autre SEL de la même profession).
Bon à savoir : chaque profession réglementée (médecins, chirurgiens-dentistes, pharmaciens, vétérinaires, avocats, notaires, experts-comptables…) a ses propres textes encadrant la SPFPL. Les règles de détention, les activités accessoires autorisées et les seuils varient d'une profession à l'autre : vérifiez toujours le cadre spécifique à la vôtre avant de monter le schéma.
La nouveauté : les SPFPL pluriprofessionnelles
Une évolution récente élargit le champ de la SPFPL. Depuis le 13 février 2025, il est possible de constituer des SPFPL pluriprofessionnelles, c'est-à-dire regroupant plusieurs professions libérales réglementées au sein d'une même holding.
Cette ouverture facilite les collaborations interprofessionnelles : par exemple, une holding réunissant des professionnels de santé de spécialités complémentaires, ou des professions du droit et du chiffre. Elle accompagne le mouvement des maisons de santé et des structures d'exercice coordonné, en offrant un véhicule de détention commun. Le cadre reste toutefois technique : les règles de détention et de gouvernance se combinent entre les professions concernées.
Fiscalité de la SPFPL : IS et sortie des fonds
La SPFPL est soumise à l'impôt sur les sociétés. Son résultat (essentiellement des dividendes remontés sous régime mère-fille, plus d'éventuels produits accessoires) est imposé à l'IS, au taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice puis 25 % au-delà, sous réserve des conditions d'éligibilité au taux réduit.
Le point à ne jamais oublier concerne la sortie des fonds vers votre patrimoine personnel. Lorsque la SPFPL vous verse à son tour un dividende, celui-ci est imposé chez vous :
- au prélèvement forfaitaire unique (PFU), dont le taux est passé à 31,4 % en 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux, après la hausse de la CSG) ;
- ou, sur option, au barème progressif de l'impôt sur le revenu.
La SPFPL est donc idéale pour capitaliser et réinvestir, moins pour distribuer immédiatement : chaque euro sorti vers vous subit la fiscalité personnelle des dividendes.
Le piège social : dividendes SEL et cotisations
Attention à une idée reçue tenace : interposer une SPFPL ne fait pas systématiquement échapper les dividendes aux cotisations sociales. Depuis plusieurs années, la fraction des dividendes versés par une SEL qui excède 10 % du capital social (majoré des primes d'émission et des comptes courants) est considérée comme un revenu d'activité soumis aux cotisations sociales du professionnel — et cette règle s'applique même lorsque les dividendes transitent par une SPFPL.
Autrement dit, la remontée vers la holding n'efface pas la question sociale : le professionnel associé peut rester redevable de cotisations sur la part de dividendes dépassant le seuil de 10 %. C'est un point technique majeur, souvent mal anticipé, qui doit être intégré au chiffrage global du montage.
À noter : ce sujet est mouvant et complexe. Ne construisez jamais un projet de SPFPL sur la seule promesse « les dividendes ne sont pas cotisés » : faites vérifier, cabinet par cabinet, le traitement social réel de la remontée de dividendes dans votre configuration.
SPFPL et loi de finances 2026 : la taxe sur les holdings
La loi de finances pour 2026 a instauré une taxe additionnelle sur certaines holdings patrimoniales. Bonne nouvelle pour les professionnels : la SPFPL classique — celle qui détient des SEL et sert l'exercice de la profession — est expressément exclue de cette nouvelle taxe.
Il faut néanmoins rester attentif au caractère professionnel du montage : une SPFPL détournée de son objet vers une pure gestion patrimoniale passive pourrait poser question. Tant que la holding remplit sa fonction (détenir et animer des SEL d'exercice), elle demeure dans son cadre de faveur.
SPFPL : pour qui, à quel moment ?
En bref : la SPFPL a du sens pour un professionnel déjà en SEL, avec une activité rentable, un projet concret (rachat de parts, croissance, transmission) et la capacité à gérer deux structures — pas comme premier statut d'installation.
La SPFPL n'est pas un outil de départ. Elle prend son sens quand plusieurs conditions sont réunies :
- vous exercez déjà en SEL (ou vous vous apprêtez à le faire) ;
- votre activité est rentable et récurrente, avec des bénéfices à réinvestir plutôt qu'à consommer entièrement ;
- vous avez un projet : rachat de parts, croissance, acquisition d'un second cabinet, transmission, constitution d'un patrimoine professionnel ;
- vous acceptez la complexité (deux niveaux de société, deux comptabilités, un suivi juridique rigoureux).
À l'inverse, si vous débutez, si vos revenus sont entièrement consommés, ou si vous cherchez seulement à optimiser votre rémunération courante, la SPFPL est probablement prématurée. Le montage a un coût de constitution et de fonctionnement qui doit être justifié par un vrai levier.
Le rôle de l'expert-comptable dans un montage SPFPL
Une SPFPL est un montage à fort enjeu où les erreurs se paient cher et longtemps. L'expert-comptable, souvent aux côtés d'un avocat, intervient pour :
- valider l'opportunité du montage au regard de votre situation et de votre projet ;
- calibrer l'effet de levier et bâtir le prévisionnel de remboursement de l'emprunt ;
- sécuriser la composition du capital au regard des règles de votre profession ;
- anticiper le traitement social des dividendes remontés (seuil de 10 %) ;
- optimiser la fiscalité (régime mère-fille, intégration fiscale, préparation de la transmission) ;
- assurer la tenue des deux niveaux de comptabilité et les obligations déclaratives.
C'est typiquement un projet où l'accompagnement ne se discute pas : le gain d'un montage bien construit se chiffre en dizaines de milliers d'euros, et le coût d'une erreur aussi.
En résumé
La SPFPL est la holding des professions libérales réglementées : elle détient les titres de vos sociétés d'exercice libéral (SEL) sans exercer elle-même le métier. Son intérêt repose sur le régime mère-fille, qui fait remonter les dividendes de la SEL vers la holding avec une imposition effective d'environ 1,25 %, et sur l'effet de levier, qui permet de racheter des parts en les finançant par les bénéfices futurs faiblement fiscalisés. Son capital doit rester majoritairement (au moins 50 %) aux mains des professionnels en exercice, et les SPFPL pluriprofessionnelles sont désormais possibles depuis février 2025. Attention toutefois : la sortie des fonds vers votre patrimoine subit le PFU (31,4 % en 2026), et la fraction de dividendes excédant 10 % du capital reste soumise à cotisations sociales, même via la holding. La SPFPL est un outil puissant mais de moyen-long terme, réservé aux activités rentables avec un vrai projet. Pour valider et construire votre montage, faites-vous accompagner par Fint.



